19h00 :: Rewind, Play, Pause

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Performance de Sarah Wendt dans le commerce P. Gillman. Photo : Duncan Moore.

Nous avons l'occasion d'assister à la dernière «proposition dansée» de Sarah Wendt, qui redonne vie pour la troisième soirée consécutive à des vitrines inanimées depuis des lustres. La jeune artiste, qui fait mine d'être endormie sur le plancher poussiéreux, entre le comptoir et le poêle à bois, s'éveille doucement et se met à feuilleter le livre comptable du commerçant. Puis elle évolue dans l'espace avec une lenteur extrême. Sa gestuelle fait penser à un genre de qi-gong, en phase avec une trame sonore jouant en boucle, et consistant en dialogues et échantillonnages divers.

À l'extérieur, le sculpteur Armand Vaillancourt (par l'entremise de qui cette performance a pu avoir lieu) observe le tout avec intérêt, pendant que des adolescentes ont leur premier contact avec le monde de la création pure :

— What is it? What's happening?
— It's a "happening". It's a-r-t.
— Eeew. Awesome.

La performance a un tempo visiblement trop lent pour les captiver, mais suscite néanmoins leur curiosité. Par la suite, deux couples de Portugais, la quarantaine bien entamée, sortent du Café central et s'arrêtent quelques instants devant la plus grande des deux vitrines. Incrédules et badins, ils repartent aussitôt. Leur univers cohabite en parallèle avec le nôtre sans s'y mêler. Le Portugal qui vient de passer n'est pas celui du fado, du bon vin et des galeries d'art lisboètes, mais celui des pêcheurs de morue et des tailleurs de pierre mal dégrossis (équivalent « ethnique » des cordonniers mal chaussés).

Armand Vaillancourt observe le tout avec intérêt
Armand Vaillancourt observe le tout avec intérêt.

Le fond de l'air est frais et nous rappelle la tempête de neige tardive survenue deux semaines auparavant. En avril, ne te découvre pas d'un fil ! Pendant ce temps, Sarah continue de se mouvoir avec élégance, et visite chaque racoin de l'ancien dépanneur. Armand a encore l'oeil rivé sur la vitre. Il est vrai que Sarah est jolie et qu'Armand... Eh bien, pour lui avoir serré la main une fois, j'ai constaté qu'il a encore «de la mine dans le crayon» malgré ses 74 années bien sonnées !