Pétrodollar ou pétro-yuan?

meta
Le pétrolier Suezmax Shenlong, dans le port de Mumbai, en Inde, le 12 mars 2026. Photo : Anadolu Agency.

Le pétro-yuan est officieusement une réalité depuis aujourd’hui, alors que l’Iran, en plein contrôle du détroit d’Ormuz, ne laisse passer que les navires chinois ou ayant transigé le pétrole en devise chinoise. Voici un billet que j’écrivais à ce sujet en JANVIER 2012 dans le magazine Forces, et que je dois republier en raison de la gravité de la situation. La confrontation actuelle se tramait depuis longtemps!


La possibilité que l’Iran se dote de l'arme nucléaire irrite Israël et les États-Unis depuis fort longtemps. Puisque les pressions diplomatiques n'ont pas réussi à faire fléchir Téhéran, les événements ont pris la tournure d'une guerre larvée, ponctuée de cyberattaques et d'attentats non revendiqués qui ont tué quatre scientifiques de haut rang.

L’Arabie saoudite – alliée de circonstance cherchant à endiguer l'Islam chiite – a signé des contrats de fourniture d'aéronefs d'une valeur de 60 milliards $ avec les États-Unis en 2011, poursuivant de plus belle son « recyclage de pétrodollars » entamé il y a bientôt quarante ans, et contribuant ainsi à la course aux armements dans le golfe Persique.

Au tournant de 2012, les flottes iranienne et américaine se sont toisées dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitent 30 % des exportations mondiales de pétrole. Or il est évident qu'un conflit armé à l'échelle régionale ne ferait que des perdants et plongerait l'économie mondiale dans une grave dépression. C'est pourquoi Washington a entrepris une nouvelle offensive diplomatique, visant à pénaliser quiconque transigera avec la banque centrale iranienne.

La Chine et la Russie ont refusé d'emblée de participer à cet embargo, tandis que le Japon et la Corée cherchent à en être exemptées. Les 27 membres de l'Union européenne se sont rangés du côté de Washington, tout en souhaitant honorer les contrats en vigueur. Mal leur en prit, puisque Téhéran a répliqué en suspendant immédiatement ses livraisons de brut, ce qui fera grimper les prix à la pompe dans les pays méditerranéens déjà précarisés comme la Grèce et l’Italie.

Pendant ce temps, un nouveau paradigme financier se met en place. Des rumeurs veulent que l’Inde paie bientôt en or ses importations de pétrole, tandis que les échanges bilatéraux en yuans ou en roubles se multiplient sur le continent asiatique. La fin du dollar comme monnaie de réserve mondiale n’en sera que précipitée.

Quant à l’euro, il grignotait une part croissante des échanges internationaux grâce à l’Iran et  l’Irak de Saddam Hussein, mais les événements survenus depuis 2003 ont contribué à sa marginalisation.

Photo : Le pétrolier Suezmax Shenlong, dans le port de Mumbai, en Inde, le 12 mars 2026. © Anadolu Agency.