Sur l'utilisation judicieuse des statistiques en période de pandémie

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Place désertée à Milan - Photo: Daniel Dal Zennaro / EPA

Les mesures de confinement et de distanciation sociale ont maintes fois démontré leur utilité durant l'Histoire. C'est pourquoi je me suis volontiers placé en quarantaine au retour d'un voyage le 19 mars dernier, et pourquoi j'ai accueilli l'idée d' «aplanir la courbe» du COVID-19 comme un forme de principe de précaution destiné à sauver des vies. Toutefois, au fur et à mesure que cette pandémie progresse, il m'apparaît évident que les pouvoirs publics fondent leurs décisions sur des statistiques hautement discutables.

Nombre de décès et d'hospitalisations

Des médias irresponsables et sensationnalistes nous bombardent sans cesse de chiffres inutiles, tels que le nombre de décès ou d'hospitalisations dans un pays ou l'autre. Pour avoir une idée le moindrement juste de la progression de la pandémie, il faudrait plutôt rapporter le pourcentage de cas en proportion de la population.

Par ailleurs, l'on sait que les cas sont comptabilisés différemment d'un pays à l'autre. L'Italie, pays européen le plus touché, attribue tous les décès où il y a présence de COVID-19 à ce même virus. Or, l'on sait maintenant que 99 % des patients décédés souffraient d'au moins un autre problème de santé, sinon plus, et que le coronavirus ne serait directement responsable que de 12 % des décès dans ce pays.

S'ajoutent ensuite une multitude de variables susceptibles de brouiller le tableau, tels que le taux de pollution de l'air très élevé en Lombardie en hiver (ce qui aggrave les cas puisque les particules fines transportent le virus), ainsi qu'une espérance de vie de 82,5 ans qui place l'Italie parmi pays les plus âgés au monde.

Taux de mortalité réel

Il faut prendre garde de ne pas calculer le taux de mortalité du COVID-19 par rapport au nombre de cas recensés, car l'on sait que le pourcentage de gens testés varie grandement d'un pays à l'autre. La Corée du Sud et l'Allemagne ont eu une approche exemplaire en la matière, tandis que les États-Unis ont pris un retard ahurissant en début de pandémie. En toute logique, le taux de mortalité apparaît plus bas en Allemagne et en Corée.

Le seul modèle vraiment fiable serait une projection à partir des cas détectés et non détectés. Cette extrapolation donnerait un taux de mortalité beaucoup plus réaliste, et certainement plus bas que certains médias alarmistes ne le laissent paraître.

Le patient zéro

Pour dessiner une courbe puis établir des prévisions de «pic» et de «retour à la normale», il faut avoir une idée précise du lieu et du moment où le COVID-19 a commencé à se propager dans un pays donné. Or, de nombreux témoignages font état d'une propagation qui aurait commencé plusieurs mois avant que la Chine n'admette l'ampleur du problème, n'alerte l'OMS et ne publie le génome du nouveau coronavirus le 10 janvier.

À cet effet, les médecins d'État auréolés par les médias n'admettront jamais l'étendue de leur propre ignorance. Au Québec, le docteur Horacio Arruda a longtemps minimisé l'ampleur de ce qui se passait en Chine, en plus de souffler le chaud et le froid sur l'utilité du port du masque.

Sur les ondes de la radio NPR, un médecin italien a rapporté qu'une forme de pneumonie très étrange et sévère était déjà observable en Lombardie en novembre et décembre 2019. Mes propres observations empiriques au mois de décembre, ainsi que de nombreux témoignages crédibles venant aussi bien de l'Arizona que du Royaume-Uni, tendent à renforcer cette hypothèse.

Si le nouveau coronavirus se propage bel et bien dans les pays occidentaux depuis novembre, nous serions plus près d'une immunité de masse que nous ne le pensons, ce qui constitue une source d'espoir.

Surmortalité et coût d'opportunité

Sachant que les personnes âgées en viennent à mourir de toutes façons, et que la mort frappe aussi et parfois des personnes relativement jeunes, la décision de prolonger le confinement de la population québécoise jusqu'au 4 mai aurait dû être prise selon deux facteurs : 1) la surmortalité attribuable au COVID-19; et 2) la notion économique de coût d'opportunité.

En l'absence de données fiables sur le taux de mortalité réel du COVID-19, l'on peut tout de même comparer les pics de décès attribués à la grippe saisonnière avec les décès les plus récents attribués au coronavirus. À titre indicatif, la grippe saisonnière cause le décès d'environ 3500 personnes par année au Canada, et de 22 personnes par jour au Québec durant le rigoureux hiver de 2014-2015.

Pour sa part, le coût d'opportunité consiste à évaluer les «dommages collatéraux», c'est-à-dire les décès directs et indirects, ainsi que les autres problèmes de santé mentale et physique découlant du confinement général de la population, puis les comparer à un scénario de propagation du COVID-19 sans confinement. L'épisode de rage au volant qui a failli coûter la vie à un gardien de sécurité de Walmart, père de 5 enfants, entre clairement dans la colonne des «dommages collatéraux».

Dans un pays doté d'un filet de sécurité sociale comme le Québec, la perspective de confiner la population pour prolonger quelques centaines de vies apparaît plus justifiable (et politiquement gagnante) qu'aux États-Unis. En effet, nos voisins pourraient bientôt compter jusqu'à 47 millions de chômeurs, qui perdront pour la plupart leur assurance-santé privée, si ce n'est leur logement, au risque de se suicider ou de développer des pathologies extrêmement graves.

Des décisions politiques avant tout

Dans le contexte de panique ambiant, peu de gens ont pris le temps de se renseigner sur les liens étroits entre le directeur de l'Organisation mondiale de la santé et le régime communiste chinois.

Au Québec, aucun journaliste n'a remis en question le choix de ne pas recommander l'utilisation de l'hydroxychloroquine chez les patients ambulatoires, alors que ce médicament peu dispendieux, largement connu et très prometteur figure au cœur d'une tempête politique en France et aux États-Unis.

En fin de compte, plusieurs décisions liées aux mesures de confinement, aux traitements à privilégier et aux suites à donner à cette pandémie restent fondées sur des impératifs financiers et politiques plutôt que le bien commun.

Ces questions épineuses seront abordées dans un prochain billet.

Texte : Pierre-Etienne Paradis

Photo : Daniel Dal Zennaro / EPA