Bakou se refait une beauté

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Les Flame Towers de nuit depuis le Palais des Chirvanchakhs

Mieux connue pour ses puits de pétrole à perte de vue, Bakou cachait bien son jeu. Tout en sachant que le gouvernement y avait fait construire un centre culturel époustouflant, je l’imaginais terne et balafrée par les ruines post-industrielles. Or, cette ville a subi une cure de rajeunissement sans précédent depuis quelques années. C’est par désir d’en savoir plus et de sortir des sentiers battus que je me suis joint à une équipe de 40 journalistes internationaux invités à couvrir les récents développements récréotouristiques de l’Azerbaïdjan, pays situé aux confins de la Russie, de l’Iran et de la Turquie.

Bakou, ville-lumière

Quelle n’a pas été notre surprise, dès notre sortie de l’aéroport, de voir une ville en transformation rapide, où la grisaille de l’époque communiste cède le pas à la frénésie immobilière. L’autoroute de l’aéroport se démarque en effet par ses aménagements paysagers et ses kilomètres d’immeubles à logements de style néoclassique, à la limite kitsch, habillés d’une lumière blanche uniforme. Cette uniformité est volontairement rompue par diverses infrastructures habillées de lumière colorée, dont le stade qui accueillera les Jeux européens de 2015, plusieurs centres commerciaux, des viaducs recouverts des meilleurs matériaux, et même un pont « à la Calatrava ». Décidément, Bakou est une ville qui se donne en spectacle, et notre arrivée de nuit a été tout simplement électrisante.

Une grande variété architecturale

À une vingtaine de kilomètres de l’aéroport, le clinquant et les artifices « nouveau riche » de la périphérie cèdent leur place à un carrefour routier et ferroviaire dominé par le Centre culturel Heydar-Aliyev, chef d’œuvre tout en courbes de l’architecte irako-britannique Zaha Hadid. Un édifice tout de blanc vêtu qui laisse imaginer ce qu’Oscar Niemeyer aurait pu réaliser à Brasília, sur le plan technique du moins, s’il avait eu accès aux équipements informatiques d’aujourd’hui. Le pourquoi et le comment de cet édifice est bien documenté dans Internet alors je n’élaborerai pas plus à son sujet, les photos parlent d’elles-mêmes.

Le Centre culturel Heydar-Aliyev marque l’entrée dans les quartiers centraux, de plus en plus jolis au fur et à mesure qu’on progresse vers le sud. Les monuments médiévaux de la vieille ville et les demeures élégantes du front de mer, construites par les barons du pétrole au tournant du 20e siècle, sont autant de strates qui s’ajoutent à un ensemble hétéroclite mais passionnant. Même les architectes de la très stalinienne Maison du Gouvernement ont cru bon la décorer de quelques arcades afin qu'elle soit digne de ses voisines.

En sus de la ville fortifiée, restaurée selon les critères de l’UNESCO, les quartiers du centre-sud de Bakou se laissent agréablement découvrir à pied. Deux ou trois heures suffisent pour arpenter le parc maritime, le Bulvar et ses boutiques d’un luxe inimaginable, ainsi que le secteur piétonnier de la rue Nizami, où il les opportunités de manger des döner à prix raisonnable sont les plus nombreuses. Plus au nord, ce secteur est flanqué par des quartiers populaires dont les maisons typiques et passablement délabrées ont jusqu’à maintenant résisté à la voracité des promoteurs. Pour un Québécois, il y a un je ne sais quoi de familier à ces rues pleines de nids-de-poule et ces omniprésents balcons de fer forgé ! Mon seul regret est de ne pas avoir pu m’aventurer plus en profondeur dans les secteurs de Kubinka et de Sovetskaya. Qui sait ce qu’il en restera dans quelques années?

Redécouvrir la mer

À l’extrême sud du centre-ville, l’un des parcours les plus intéressants à faire en taxi ou en autocar est celui longeant les édifices gouvernementaux d’allure brutaliste, jusqu’au Parlement et aux Flame Towers, pour ensuite descendre en zig-zag vers la vieille ville. Ce secteur monumental offre de très belles percées visuelles sur la mer Caspienne. Les piétons peuvent y accéder en empruntant le funiculaire ultramoderne qui relie la basse-ville au parc Dağüstü, célèbre pour sa petite mosquée, son mausolée, ses fontaines et sa vue plongeante sur la baie. De nuit, cet endroit permet d’observer de près les animations lumineuses des Flame Towers. Pour ceux qui connaissent Barcelone, le parc Dağüstü est un peu l’équivalent de Montjuic, tour de télécommunications incluse !

Bakou est-elle une belle ville au sens de Paris, de Vienne ou de Florence? Loin s’en faut. Les édifices génériques ou carrément moches y sont légion, et les barres d’habitation de l’époque soviétique sont maquillées à la hâte plutôt que restaurées en respectant leurs lignes épurées d’origine. Mais ce bric-à-brac est très vivant. Tel que mentionné plus haut, cette ville est en transformation rapide. J’espère voir à quoi elle ressemblera dans 10 ou 15 ans, lorsque ses nouveaux quartiers (tels que Baku White City) et la réhabilitation des champs pétrolifères de la périphérie lui permettront de renouer avec toute la longueur de sa façade maritime.

Un prochain billet traitera justement de « l’envers du décor », c’est-à-dire des paysages industriels et post-industriels qui attendent le visiteur en route vers le parc national de Gobustan.