Kinshasa, République Démocratique du Congo
Le Roi de l'enjoliveur                        

À propos de ce carnet | Avertissement aux lecteurs et lectrices d'origine africaine

:: RÉSUMÉ TECHNIQUE

Les techs d'Afrinet constatent que tout notre parc informatique ne dispose pas d'une mise à terre, ce qui explique les nombreux chocs électriques que j'ai pris ces dernières semaines, simplement en touchant les boîtiers métalliques des ordinateurs! Cela explique aussi le plantage généralisé des machines Windows lorsque venait le temps d'imprimer ou échanger des fichiers en réseau : il semble que les machines accumulent énormément de charge et qu'il y a trop d'interférences dans tout ce câblage.

Après une demi-journée de tests, il appert que le hub est surchargé mais qu'un routeur (switch) réglerait nos problèmes de réseau. Nous réussissons à en dénicher un pour lequel nous devons avancer 120$ USD. C'est pas mal moins cher que le prix de 340$ chez TranSys.

:: SORCELLERIE, ÉPIDÉMIES ET CORRUPTION, HAKUNA MATATA* !

Bonjour tout le monde.

Notre épreuve de camping urbain dans la jungle de Léopoldville se poursuit toujours. Nous sommes dignes des Survivor et autres reality shows de ce monde. Une fidèle lectrice a même envoyé au participant que je suis des « Nescafé-dollars » échangeables chez Western Union. Gilbert le dancing mundele sera bientôt plus populaire que Jamel Debbouze (qu'on voit l'après-midi égayer les feuilletons de l'été sur CFITV). Il ne reste plus que quarante jours et quarante nuits avant notre épreuve ultime : nous frayer un chemin à travers le chaos indescriptible de l'aéroport de N'Djili, pour retourner sains et saufs au pays de la poutine.

Notre mentor Robert et sa fille sont partis au Kenya pour 10 jours de vacances comme d'autres se font une tartine de beurre de peanuts. Un petit détour par Montréal s'ensuivra...on reverra Robert (sans sa progéniture) dans trois semaines.

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Kinshasa n'est qu'une suite sans fin de carcasses de voitures pourrissant le long de rues sablonneuses et bariolées, après avoir été mises en pièces. Un cirque de bas-étage où s'étalent mille et une terrasses bruyantes, servant les mêmes marques de bière aux mêmes tables de plastique. Pour fêter le départ de Robert et Lorie nous nous rendons alors, une fois de plus, manger le poulet « bon à s'en lécher les doigts » de notre resto-lounge préféré et climatisé, situé en face d'une cour à scrap, et qu'on appelle officieusement « Le Colonel ». Toto-la-jolie-top-modèle fait la moue car on lui a servi le Coca de la main gauche. Charlie donne du crédit à ses caprices, en contant que lui et de nombreux délégués avaient été possédés et fait des cauchemars toute la nuit, après avoir été servis de la main gauche lors d'un voyages d'affaires quelques années plus tôt. Il y a des sorciers partout, voyez-vous, même au resto !

Sorcellerie ou pas, on pardonnerait tout à Toto, tant elle et ses consoeurs réussissent à se « poupouner » à la perfection et se tirer à quatre épingles dans une ville ou absolument tout est SALE. Les Kinoises sont telles des fleur de lotus, et je suis le marécage duquel elles se nourrissent : mes vêtements puent malgré qu'ils (ou parce qu'ils) ont été lavés; je suis couvert de piqûres de moustiques; je boîte car je me suis fait une ampoule géante qui s'est aussitôt infectée; je me râcle la gorge et tousse sans arrêt, car l'atmosphère locale me bousille périodiquement le système respiratoire. Les seules choses qui font que j'ose encore parler à ces demoiselles sont que je suis toujours frais rasé et que le coiffeur m'a fait une coupe militaire « au poil », un peu comme à ces vétérans de guerre minés de l'intérieur.

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Je commence à m'habituer à mon nouveau domicile de Kintambo-Magasin, on dirait à peu de choses près la rue Saint-Urbain au coin Duluth : même poussière d'exhaust, même petit chien stupide du voisin d'en bas qui jappe tout le temps, mêmes sirènes, mêmes personnes qui attendent sous ma fenêtre un bus dans lequel ils ne pourront pas monter (bonjour le 55 archi-bondé en fin de parcours !). La différence étant que les sirènes de la rue Saint-Urbain sont celles des ambulances transportant les vivants qu'on espère sauver, alors que les sirènes de Kinshasa sont celles des corbillards criards transportant les morts que Congo pour Christ a sauvés (enfin...on l'espère).

Après avoir été invités maintes fois, c'est moi et Gilbert qui recevons ce soir. Je réussis à faire une sauce aux tomates séchées et basilic à la lueur de la chandelle : la fuse de l'éclairage a en effet brûlé. Comptons deux bonnes semaines avant que quelqu'un ne règle ce problème...

Nos invités arrivent une heure et demie en retard (comme d'habitude), car Grapho a fait un « plein » de 5 litres (comme d'habitude) et la Ford Sierra est tombée en panne sèche dans la zone industrielle qui nous sépare du Centre-ville (comme d'habituuuude, crescendo). Grapho pousse donc la Ford et ses passagers sur plus d'un kilomètre pour goûter enfin aux joies de mon spag (sortez les violons, pour une orchestration dégoulinante d'émotions).

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Le bol d'air frais du dimanche est plutôt décevant : Kinkole est une commune située à 30 km à l'est de Kinshasa, sous la route qu'empruntent les avions à leur approche de l'aéroport. Il y a presque autant de monde qu'en ville. Les omniprésents cimetières d'automobiles font place à un cimetière de pirogues et de chalutiers éventrés. Des pêcheurs subsistent tant bien que mal en vendant des anguilles asphyxiant silencieusement dans des seaux de plastique. Le fleuve Congo, à cet endroit précis, forme un lac si large qu'on distingue à peine les rives du Congo-Brazzaville. Le vaste paysage se prête donc parfaitement à une séance de photos...

Malheureusement, dès notre arrivée un climat de suspicion s'installe. Les gens nous jettent des regards méfiants. Fernand (un gars des ONG) ressort des boules à mites son titre de « major » et négocie notre droit de prendre des photos avec la Securitate locale, mais finit par céder au stress. La dictature de Mobutu et la guerre ont laissé des séquelles psychologiques profondes chez les Congolais, et il faudra bien 15 ans avant que ceux-ci commencent à comprendre que le tourisme est une source de devises non négligeable qu'il faut encourager.

Fernand nous entretient fréquemment des faits ayant entouré la chute de Mobutu, puis les démêlés de Laurent-Désiré Kabila avec la guérilla... Kinshasa a été privé d'électricité pendant plusieurs mois en 1998 après que les rebelles se soient emparés du gigantesque barrage d'Inga. « Il n'y avait plus moyen de trouver de bière froide », dit-il, « à moins d'aller dans la commune voisine où il y avait un groupe (électrogène) ».

Pouvez-vous imaginer l'enfer sans bière froide ?

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Entre deux courses au centre-ville pour négocier un routeur (switch, en bon français) et récupérer mes Nescafé-dollars chez Western Union, nous allons luncher chez une expatriée allemande qui habite l'appartement le plus vaste et le plus luxueux qu'il nous ait été donné de voir à Kinshasa.

L'ironie de tout cela est que la dame en question est en train de faire ses valises pour déménager. Alors que nous avalons goulûment notre guacamole (pâte d'avocat), elle nous conte des histoires d'horreur à propos de la MONUC (Mission de l'Organisation des Nations Unies au Congo) pour qui elle travaillait : corruption généralisée jusqu'aux plus hauts échelons, droit de cuissage, pédophilie, racisme, dépression nerveuse de tous les membres du personnel qui font preuve d'intégrité et d'idéalisme. Sans oublier les salaires mirobolants : 120 000$ USD par an pour un poste de cadre, plus des frais de « subsistance » de 5000$ PAR MOIS ! Pas étonnant que nous ayons de la difficulté à joindre les deux bouts, nous les hippies de SENAF, dans cette ville où les dés sont pipés.

J'arrive au bureau juste à temps pour commencer une formation. Nous n'avons pas résolu certaines difficultés techniques alors je décide d'installer les mamans du RFC (Réseau Femmes et Communication) sur le web pour une petite session de formation à la navigation sur un site dynamique.

Je crois sincèrement que cette étape est importante...dans beaucoup de cas il faudra faire une formation en deux étapes. Si les gens n'ont pas un site bien fourni devant les yeux et par lequel ils peuvent puiser beaucoup d'informations, ils ne comprendront pas les enjeux et la nécessité de mettre de l'énergie sur le formulaire d'inscription à notre portail.

(J'en profite ici pour « ploguer » le CMAQ (Centre des médias alternatifs du Québec), qui a fourni le code source pour notre projet congolais : il s'agit d'un autre projet initié par Tonton Robert, à l'occasion du Sommet des Amériques.)

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Virée au 17e étage dans les bureaux du fournisseur d'accès Afrinet, car il faut absolument trouver un switch, et non pas un hub ni un hub-switch. Bref, le technicien de cette frime...pardon, de cette firme a de bons contact pour nous aider à trouver cette pièce d'équipement coûteuse. Pendant notre entretien, je hume l'odeur du vrai bon café mais découvre avec horreur que la rutilante cafetière Krups qui en est à l'origine n'est pas une vraie machine à espresso, mais bien une machine à Nespresso™ qui n'accepte que les cartouches de café Nespresso™ ! Nestlé contrôle vraiment l'Afrique de A à Z. C'est la domination totale !

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Vague de chaleur et pénurie d'eau dans le « Kinshasa de Montréal », soit le « pitt » de Rivière-des-Prairies. Je n'en crois pas mon fureteur ! En plus l'article de Cyberpresse montre la photo d'un enfant haïtien en haillons, la main tendue avec ses bidons vides... J'entends déjà celui-ci me demander : « Hé patron, MUNDELE !, 50 cents pour m'acheter de l'eau ! Même 25 cents, boss ! »

Cela sans oublier l'épisode de smog qui rend l'air de la Vieille Capitale irrespirable et le gros méchant virus du Nil occidental qui transformera nos maringouins en serial killers : dites-moi si j'ai besoin d'un vaccin avant de remettre les pieds au Canada ? À quand les invasions de sauterelles ? Est-ce vrai que les taxis de Montréal sont de vieux rafiots déglingués ?

*Hakuna matata : pas de problème !

 

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