À propos de ce carnet | Avertissement aux lecteurs et lectrices d'origine africaine
:: RÉSUMÉ TECHNIQUE
Notre projet est complètement
paralysé cette semaine. En fait, tout tourne
au ralenti depuis une dizaine de jours et je me pose
de grandes questions existentielles (Allez hop,
une autre bière !)
:: IMMERSION KINOISE
Bonjour chers parents, amis, stagiaires;
bonjour à tous ceux et celles chez qui aboutit
ce message.
Je ne commence pas immédiatement le compte-rendu
chronologique de ce séjour au Congo, car je
crois plus utile de mettre certaines choses en relief :
1) Les Congolais et Congolaises s'interpellent entre
eux par toutes sortes de formules telles : Papa,
Maman, Tonton, Petit Frère, Chef, Boss, Patron,
etc. Les blancs que nous sommes avons le plus souvent
droit aux trois dernières formules, que nous
recevons le plus souvent des gamins qui quêtent
50 francs, et que nous rendons exclusivement aux policiers
qui nous barrent la route la nuit. Pas une seule fois
n'ai-je entendu le mot « Monsieur »
ou « Madame ».
Pour ma part je ne me suis pas encore habitué
à appeler les femmes « Maman »;
et les termes « Tonton » ou
« Papa » me semblent un peu
défiants, car j'ai souvent remarqué
qu'ils étaient utilisés en contexte
de négociation ou d'argumentation (bref, tout
le temps !)
Un autre moyen d'identifier les gens est leur sonnerie
de cellulaire : tout le monde a un portable (cellulaire)
ici et les sonneries sont très musicales. Par
exemple, « Charlie » et « Thème
de James Bond » sont en train de ne faire
qu'un dans mon subconscient.
2) La situation de la femme est absolument déplorable
(mais qui s'en soucie ?)
Lorsque nous sommes entrés au cybercafé
du RFC au début juillet pour faire du dépannage
informatique, la première chose qui nous a
sauté au yeux est que tous les clients ainsi
que le personnel étaient de sexe masculin.
Nous avons ensuite été présentés
à deux des responsables principales, qui se
sont empressées de nous servir le sucré
(Coca-Cola) et les biscuits, pendant que nous travaillions
de concert avec les deux techniciens de l'endroit.
Certaines femmes d'âge mûr (et ayant probablement
été formées en Belgique) viennent
contredire cet argument en détenant des postes
de responsabilité au sein des ONG qui sont
nos partenaires, mais elles sont plutôt l'exception
qui confirme la règle : les femmes ne
sont bonnes qu'à élever les enfants,
vendre les oranges au coin de la rue, coiffer leurs
consoeurs et se faire coiffer.
Les jeunes Congolaises sont extrêmement timides
envers les hommes blancs, au point de parler avec
un filet de voix inaudible ou ne dire absolument rien.
Une simple parole gentille ou le moindre signe d'intérêt
de notre part va être interprété
strictement à la lettre et provoquer beaucoup
(trop) d'espoirs.
Les femmes les moins timides sont de la trempe de
la racaille qui sévit dans les bars du centre-ville
et vit aux crochets du personnel des Nations Unies.
Je vous donne l'exemple vécu par mon collègue
Gilbert, un homme qui a choisi de demeurer fidèle
à sa copine québécoise (et a
même parié qu'il le demeurerait jusqu'à
la fin de son séjour !) Se faisant aborder
un soir par plusieurs jolies créatures, il
se dépêcha d'annoncer qu'il était
marié pour se faire répondre aussitôt
par l'une d'entre elles : « Je vais
aller chez toi et dire à ta femme que c'est
moi qui prend sa place ce soir ». Alors
imaginez ce qu'il vous en coûte si vous faites
la gaffe d'annoncer que vous n'êtes pas marié :
elles avoir votre peau et s'accrocher à vous
comme des sangsues, vous piquer votre argent, vous
harceler sans arrêt...
Alors à ceux qui étaient avides de détails
croustillants sur ma vie privée, je ne dis
qu'une chose : LE HARCÈLEMENT, C'EST CRIMINEL !
(La situation de l'homme est absolument déplorable,
mais qui s'en soucie ?)
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En ce samedi matin, j'ai quitté
précipitamment le QG de SENAF qui me servait
de logement depuis un mois pour cause d'écoeurite
aigüe. J'ai demandé à Robert de
me déménager chez lui à Kintambo,
ce qu'il fit illico. Malheureusement, ce geste n'était
pas très habile diplomatiquement parlant, puisque
Charlie l'a pris personnellement comme un signe que
son accueil n'était pas bon (choc culturel
bonjour !) Alors nous avons passé l'après-midi
à discuter calmement et rétablir les
choses.
Disons que, plutôt que de parler de mauvais
accueil et de blâmer qui que ce soit, on devrait
parler de surencadrement (pas moyen de bouger le petit
doigt par moi-même, même après
un mois de séjour, puisque tout le monde décide
à ma place des mes moindres allées et
venues.) D'autre part on devrait parler d'un certain
« flou artistique par rapport à
l'organisation de la vie domestique (pension à
payer, fréquence des repas, confort minimum
requis), ce qui est une situation plus ou moins normale
(vu que nous sommes les premiers stagiaires à
mettre les pieds au Congo) mais que je ne saurais
endurer davantage. La bonne volonté est là,
mais des correctifs sont nécéssaires.
Soirée passée entre hommes, ou tout
le monde veut ètre le calife à la place
du calife : très difficile de prendre
une décision de groupe.
La rédemption s'est présentée
sous forme d'un resto ouvert toute la nuit servant
des sandwichs « montréalais »
(shawarma, shish taouk et cie.) Gilbert et moi avons
pleuré, mais il est dificile de savoir si c'était
à cause du pili-pili ou à cause
de notre bonheur indicible de croquer enfin dans un
pita bien garni, après s'être abstenus
de faire pitance toute la journée.
Nous finissons la soirée au Estoril Sun, dans
le quartier Bon-Marché : voilà
enfin un endroit de classe, ou les femmes de bonne
famille se comportent normalement et dignement. (Robert
a l'air de s'y emmerder royalement !)
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Merci doux Jésus pour ce pâté
chinois « à l'ancienne »
soigneusement concocté à l'appartement
de Robert !
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Après avoir été
« assigné à résidence »
pendant un mois, je pars enfin avec Gilbert en direction
du Marché central de Kinshasa, pour une dose
d'urbanité africaine.
Nous avons enfin compris comment fonctionnent les
taxis kinois : il suffit de lever nonchalamment
le bras, lorsqu'on voit s'approcher une carcasse de
Datsun 1975 rafistolée avec de la broche à
foin. Ensuite on négocie le prix à la
baisse (les chauffeurs prennent les blancs pour des
cons), puis on monte à bord.
Fait cocasse : une femme en tenue de bureau entre
dans le taxi avec son collègue (on est pas
mal « collés-collés »
dans les taxis soit dit en passant). Elle s'informe
de ma situation au Congo, me parle ensuite de son
travail et me demande : « On peut
aller chez vous ? ». (Le « on »
ici ne signifie pas qu'elle passera avec son collègue,
mais est plutôt utilisé par les femmes
pour dire « je ».) Je m'extirpe
de cette situation en lui demandant sa carte d'affaires,
qu'elle me griffonne sur un bout de papier jusqu'à
ce que le taxi arrive à destination et que
je puisse jeter la « carte d'affaires »
dans le premier nid-de-poule que je vois. Morale de
cette histoire : ne laissez jamais une employée
de la Direction générale des impôts
aller enquêter jusque sous votre couette, sinon
vous serez dans de beaux draps !
Nous arrivons donc au Marché central. C'est
animé, poussiéreux, mais on trouve à
peu près ce qu'on veut. Gilbert a un regard
neuf sur les choses, ayant peu voyagé depuis
son enfance en « Saoudie ».
Mais de mon propre avis, ce marché n'arrive
pas à la cheville des marchés asiatiques
et ce qu'on y vend est de la scrap sans intérêt,
destinée à briser quelques secondes
après la première utilisation. En plus,
y'a même pas moyen d'avoir un jus de fruits
frais pressé ni d'avoir une soupe sur le pouce !
La journée de travail au bureau aura duré
tout au plus une heure, en ce lundi après-midi.
Étant légèrement en sueur après
toutes ces pérégrinations, j'ai pogné
environ huit chocs électriques (220V, ça
« toaste » !) en l'espace
de 5 minutes simplement en touchant les boîtiers
des ordinateurs ou de mon portable. J'apprends plus
tard que c'est parce que notre bureau ne possède
pas de mise à la terre.
Soirée passée calmement à l'appartement
à boire du scotch pour oublier les emmerdes
de la journée et regarder notre directeur de
projet de faire minoucher par sa jolie top-modèle
(Toto s'appelle en réalité Yvette !)
Ce pays commence à nous faire perdre la tête :
vu la relative popularité de cette chronique,
Robert suggère que j'en écrive une autre
intitulée Elvis au Congo (on parle d'Elvis
Gratton, bien entendu !) Gilbert propose quant
à lui de faire baigner dans le sirop d'érable
le fufu
(pâte à modeler infecte à base
de manioc). Bref, on s'amuse et les rêves nous
emportent, jusqu'à ce que nous retournions
dans la salle de bains pour constater que l'évier
est bouché et que nous sommes toujours dans
la réalité physique d'un gros problème
qui s'appelle Afrique.
En fait, l'évier est toujours bouché
chez nous, tout comme le bain et le sink de
la cuisine d'ailleurs. De plus, une journée
sur deux, l'eau ne se rend pas à l'étage
que nous habitons faute de pression. Dois-je mentionner
que cet appartement coûte 500$ USD par mois
et qu'il est équipé d'un bidet ?
Alors imaginez cela : deux jours sans eau...on
oublie que le robinet est ouvert...l'évier
est bouché. Que se passe-t-il quand la pression
revient ?
Le plancher de l'immense 5 pièces a été
entièrement recouvert d'un pouce d'eau à
plusieurs reprises en juillet (mais je n'étais
pas là, c'est pas ma faute !). Pour ma
part j'ai pris l'habitude de faire bouillir l'eau
deux fois par jour pour qu'elle soit potable. Or l'autre
soir, je me suis littéralement endormi avant
de fermer le feu. Robert a vu au beau milieu de la
nuit des lueurs rougeâtres provenant d'une casserole
vide chauffée à vif ! Mea culpa...
En passant, lorsque le poêle et frigo ont
été installés il y a deux semaines,
l'électricien a branché le fil de mise
à la terre au robinet de la cuisine. Un tuyau
d'eau ça descend sous terre : logique,
non ? J'ose à peine imaginer ce que ça
va donner comme résultat à la prochaine
inondation !
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