À propos de ce carnet | Avertissement aux lecteurs et lectrices d'origine africaine
:: RÉSUMÉ TECHNIQUE
Le chantier des futurs bureaux de SENAF
(le shack, le poulailler...) avance à pas de
tortue. Nous manquons d'espace plus que jamais dans
nos locaux temporaires alors que Charlie et Robert
en sont à essayer de boucler des demandes de
financement importantes. Les ordis Compaq fraîchement
montés en Win2000 n'arrêtent pas de planter
pour toutes sortes de raisons idiotes (manque de climatisation,
entre autres). Il faut faire des force shutdown
à tout bout de champ.
Par ailleurs nous nous affairons à trouver
les pièces et remettre en état le vieux
Pentium II qui nous servira de mandataire Internet.
Le travail de codage des modules PHP et la traduction
en Français de l'interface admin avancent lentement,
et nous avons oublié comment effectuer la synchro
CVS ce qui complique grandement les choses. Il faut
dire que notre connexion SSH est de plus en plus instable.
Quelle est la cause réelle de ces problèmes ?
Un câblage défectueux, le hub,
les pannes d'électricité quotidiennes
ou cette foutue chaleur ?
:: LA SAUCE SE GÂTE
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Vu à la téloche aujourd'hui :
Le vidéo How Will I Know de Whitney
Houston (1984). Du pur bonbon pop ! Moultes couleurs
pastel, des saxophonistes aux lunettes fumées
qui « jumpent » en l'air au
ralenti, sans oublier la binette agréable et
sans prétention de la chanteuse encore très
jeune... Il fallait TropicanaTV pour ressortir cette
jolie chose des boules à mites !
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Thanks God, it's Friday !
La soirée commence bizarrement puisque mes
hôtes congolais ne se décident à
bouger que vers 22h30. Bien entendu, on arrive au
resto trop tard et les cuisines sont fermées.
Charlie, conscient du malaise causé par son
retard, se met à rechercher un autre resto
avec acharnement. Nous tombons sur un resto haut-de-gamme
dans lequel je ne veux pas aller. Un des patrons égyptiens
reconnait cependant en Gilbert un « frère
du monde arabe » et se met à lui
piquer une jasette. À la fin de la discussion,
il nous serre la main mais ignore Charlie et Mimi
(qui sont noirs) comme s'ils étaient absents.
Démonstration de racisme banalissime, qui explique
cependant pourquoi les gens du Moyen-Orient ont une
sale réputation en Afrique noire.
Nous rejoignons Robert qui est comme de raison accompagné
du contingent des « miss élégance »
de la semaine précédente. Nous aboutissons
à l'Imprévu (dans le sens de dépenses
imprévues !), une disco pour blancs, où
la tournée de 2 bières et quatre sucrés
(les Fanta qu'il faut bien payer aux demoiselles)
coûte la bagatelle de 26$ USD !
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Samedi après-midi passé
à l'Athénée,
une piscine publique déglinguée de Kinshasa.
Eau non-chlorée, d'une propreté acceptable
toutefois. Mon dos est endolori par quatre semaines
d'immobilité, assis dans l'avion ou devant
l'ordinateur. Il est temps que je bouge un peu. Mes
compagnons sont Grapho, le jeune homme le plus sage
et fiable qu'il soit, et une de ses amies, elle aussi
originaire du Kivu (et elle aussi très brillante).
Elle s'appelle Esthy. Après lui avoir
fait répéter son nom deux fois, je comprends
qu'il s'agit du diminutif de Esther. Je lui explique
donc quelques particularités propre au Français
québécois, qui font en sorte qu'elle
ferait mieux d'utiliser son nom réel en voyageant
chez nous !
Chose certaine, beaucoup de personnes n'utilisent
pas leur vrai nom. Ceux qui ont un nom congolais se
donnent un nom français, ceux qui ont un nom
français se donnent un nom africain ou un diminutif.
De plus, la majorité des femmes n'arborent
pas leurs vrais cheveux, c'est à dire qu'elles
portent de grotesques perruques dans le pire des cas
ou alors, si elles sont plus jeunes, se font greffer
des tresses qui descendent jusqu'au ras des fesses
(plutôt érotique, un peu à la
Bo Derek dans le film Ten, mais pas pratique
du tout dans une piscine !).
Que dire alors de ces crèmes pour blanchir
la peau, annoncées partout à la télé
et sur les panneaux
routiers ? On dirait que certaines femmes
congolaises ont les mêmes complexes que leurs
consoeurs de l'Alabama des années 50...
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Un
dimanche à la piscine à Kigali...ou
plutôt à Kinshasa. (J'ai bien hâte
de lire ce roman de Gil Courtemanche, on doit y retrouver
des observations très pertinentes) Cette fois-ci,
c'est une piscine « pour blancs seulement »
où les seuls noir(e)s sont les employés
d'entretien et les femmes d'agrément qui sirotent
un sucré sur le bras de leur mec. Pour la première
fois, je commence à trouver énervante,
voire arrogante, la présence dans la ville
de tous ces rutilants 4x4 blancs de la MONUC
(Mission des Nations-Unies au Congo). Qu'ont-ils ont
fait de si remarquable ces cochons-là pour
mériter un tel traitement ? (« Rien »,
de rétorquer unanimement Robert et Grapho,
avant de citer les salaires indécents de quelques
unes de leurs connaissances dans ce milieu.)
De mon côté, je dois surveiller constamment
mes dépenses si je veux éviter le recours
au transfert de fonds Western
Union en fin de séjour (seul moyen
d'avoir de l'argent, vu l'absence de système
bancaire et de guichets automatiques). Je dois même
me priver de Nescafé ! (Vous direz
que je suis chanceux de m'en priver, mais considérant
l'infecte lavasse que je bois ici, le Nescafé
est le fin du fin !)
020729_
Le choc culturel bat son plein :
ce matin j'ai vu un énorme camion emboutir
une vieille Toyota dans un face-à-face, puis
la pousser sur 10 mètres avant de continuer
bêtement comme si de rien était...
L'absence de transport en commun décent dans
cette ville immense fait que je suis presque toujours
confiné au même endroit, et j'ai mal
à mon autonomie. J'ai depuis quelques jours
envie de prendre le premier avion vers un pays moins
pathétique (et où la bouffe est mangeable).
Je suis extrêmement fatigué et incapable
de travailler de toute la journée.
De plus, je me suis embrouillé dans des histoires
conjugales trop tristement banales pour être
contées ici alors le reste de cette chronique,
qui a eu un ton certes divertissant jusqu'à
maintenant, mettra plutôt en vedette mon collègue
Gilbert, qui se sent comme un poisson dans l'eau au
Congo et considère même s'y établir
pour y faire fortune.
Nous en sommes donc maintenant au traditionnel repas
de chèvre calcinée arrosée de
bière du lundi soir. En fait, la bière
coule plus rapidement que jamais ce soir (une chanson
mentionnant « Porte-la
au mentonbus, au frontibus...iglou, iglou »
a même été entendue !) Finalement,
Robert et Gilbert prennent la route de Kintambo-Magasin
pour retourner chez eux, mais font face à leur
983e barrage routier. Gilbert insiste pour que Robert
le laisse négocier avec les soldats car il
a « envie de
s'amuser un peu ».
Gilbert leur dit d'un ton ferme : « Militairrrres...GARDE
À VOUS ! ».
Ceux-ci se raidissent en position de garde à
vous, croyant avoir affaire à quelque supérieur
hiérarchique. « Mais
qu'est-ce que cette tenue ? »
« Mais patron,
nous sommes en service, nous sommes toujours en uniforme
comme il se doit. »
Et Gilbert de rétorquer : « Vous
êtes la honte du Congo »
avant de donner l'habituelle poignée de francs
et redémarrer !
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La nounou de Robert a reçu l'ordre
de ne plus faire la bouffe ni les courses, car elle
ne réussit même pas à réussir
un plat de Kraft Dinner ou une casserole de riz. Son
« crastillon »
est immangeable. Gilbert part donc avec la jeune Lorie
pour la tournée des commerces d'alimentation
libanais et autres marchés publics.
À un certain moment, deux jeunes blacks font
la « danse du mundele »
(danse du blanc) en regardant Gilbert acheter des
aubergines. Gilbert se met à danser avec eux,
et des dizaines d'observateurs se mettent soudainement
à applaudir et danser eux aussi, comme dans
une comédie musicale !
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C'est l'anniversaire de Mimi et
nous devons faire acte de présence à
Lemba-Super (au même endroit où avait
eu lieu la fête de première communion
du début de notre séjour). Nous mangeons
comme des porcs oubliez tout ce que j'ai dit
sur la bouffe africaine ces derniers temps c'est
délicieux et il y a une ambiance sympa. Malheureusement,
pour bien terminer la soirée, il est question
d'aller à la discothèque la plus cotée
en ville (« pute central »,
devrait-on dire) et d'y rester longtemps car demain
est un jour férié au Congo.
Je me retrouve donc dans le 4x4 avec Robert, Gilbert
et une dame nommée Espérance sur le
chemin du centre-ville. La décision est prise
d'arrêter sur une petite rue près du
port pour phumer un spliff.
Mal nous en prend, car ce secteur est le plus militarisé
en ville. Des soldats arrivent et nous soupçonnent
presqu'illico d'espionnage. On ne rigole pas avec
ces crétins, encore moins avec le petit teigneux
qui garde ses lunettes fumées en pleine nuit !
Nous sommes quasiment en état d'arrestation
lorsque le cellulaire de Robert sonne (Charlie est
déjà à la discothèque
et se demande où nous sommes) : « Oui,
bonjour Monsieur le Ministre... » dit Robert
en décrochant. « Nous arrivons bientôt,
mais sommes importunés par quelques un de vos
soldats ... »
Et voilà ! C'est tout ce qu'il fallait
dire, et on s'en sort encore une fois en tendant le
billet de 100 Francs habituel. Merci Oasis !
Mais la série noire se poursuit : une
fois arrivés à la disco, Robert se rend
compte qu'il a oublié ses clés dans
son véhicule. Il paye donc les gardes du parking
et ceux-ci trouvent le moyen de s'introduire dans
celui-ci en entrant par la fenêtre arrière.
En 10 minutes le problème est réglé
et Robert se réjouit que son 4x4 soit si « difficile
à voler ».
À la fin de la soirée tout le monde
s'engueule avec tout le monde. Robert essaie de se
libérer des griffes de 4 femmes qui ont des
comptes à régler avec lui (j'ai moi
même un compte à régler et j'y
parviens difficilement, alors j'ose à peine
imaginer comment on peut en avoir quatre sur le dos !)
Je rentre au bercail avec Charlie et Mimi, et
cette charmante soirée se termine par une crevaison
au milieu de nulle part à 5h du matin !
Voilà. Amen. Cette semaine est derrière
nous. On dirait que le seul fait de se lever le matin
et de mettre le pied dehors donne lieu à toutes
sortes d'incidents dignes de mention.
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