Kinshasa, République Démocratique du Congo
               

À propos de ce carnet | Avertissement aux lecteurs et lectrices d'origine africaine

:: RÉSUMÉ TECHNIQUE

Il y a une antenne radio sur le toit du shack qui deviendra nos bureaux et nous avons enfin l'Internet, quoique sur un poste seulement.

Le grand boss d'Afrinet nous fait comprendre que, pour des raisons de sécurité et de bande passante, les choses seront très compliquées. Nous devrons sacrifier un poste (ou nous en procurer un supplémentaire) qui sera monté en Linux RedHat et agira comme mandataire Internet (squid) doté d'une antémémoire (cache) locale.

:: LA SEMAINE VIP

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Petit voyage dominical à Maluku, à 80 km de Kin, sur les rives du majestueux Fleuve Congo. La route vers l'est est très bonne (hormis un pont effondré). Croyez-le ou non, je n'avais pas encore vu le Fleuve même si ça faisait déjà deux semaines que j'étais à Kinshasa. Il faut dire qu'il n'y a rien de mieux qu'un Vieux Port avec des attractions touristiques pour donner un accès public aux rives, mais rien de tel ici !

Donc Maluku est un village où l'on peut manger du poisson frais et échapper à l'atmosphère irrespirable de la ville. Une auberge qui pourrait facilement être de classe mondiale domine le rivage aux pentes escarpées. Les montagnes du Congo-Brazzaville plongent devant nous, à deux ou trois kilomètres de distance environ. Le relief fait penser à Charlevoix. Il y a quelques pirogues creusées dans un tronc d'arbre qui circulent ici et là. Dommage qu'on ne puisse pas prendre de photos à volonté de ce paysage : les militaires omniprésents considèrent nos caméras comme des appareils d'espionnage ultra-sophistiqués, et les congolais en général sont à la fois fascinés et craintifs lorsqu'ils nous voient les utiliser.


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Charlie, Gilbert et moi bénéficions d'une heure de temps d'antenne à la RTNC (Radio-Télévision Nationale Congolaise) dans le cadre de l'émission Tout Gaieté de l'avant-midi. (En fait ceci est le début de ce qu'on pourrait appeler la « semaine VIP ». Ha, ha ! Si vous pensiez qu'on est venus faire de la coopération pour manger l'infect fufu tous les jours, détrompez-vous !)

Nous passons donc le barrage militaire vers 8h45 et entrons dans un ensemble architectural très moderne (circa 1974) qui rappelle, par son style et ses dimensions, la Cité de la SRC à Montréal. Mais bien entendu, tout y est déglingué, crasseux et nauséabond.

Sans préparation ou presque, on nous fait asseoir dans le studio et on nous demande de parler en direct de la « République du Canada », de Montréal, de SENAF et de notre projet de portail Internet. Mais juste avant nous, l'invité est un Congolais exilé à Pointe-Saint-Charles qui explique les faits saillants de son implication dans la dernière campagne de Géranium 1er et dévoile son projet de monter une vitrine des produits congolais au Canada. (Il a l'intention de commencer par des feuilles d'érable en « cuivre gossé » arborant l'effigie de Jean Chrétien !) Il lâche un retentissant « tabarnack » en pleine entrevue, nous en restons pantois. L'histoire ne dit pas si c'était pour nous impressionner ou si c'était pour prouver à la face du monde qu'il était maintenant un vrai Canadien.

Lorie fait de la figuration en arrière-plan, en compagnie d'autres enfants, pour rendre l'émission plus conviviale et plus « estivale ». L'animateur les sollicite de temps à autre à la manière de l'École des fans.

Nos interventions sont entrecoupées de vidéoclips de Papa Wemba et autres stars congolaises. À la toute fin, le commentateur sportif fait son entrée sur le plateau et présente le but de Diego Maradona compté avec la « main de Dieu » lors du Mundial de 1986. (C'est quoi le rapport ???) Il nous demande ensuite comment Maradona est perçu au Canada, et si notre ONG entend faire la promotion du sport !

Soirée passée à bouffer comme des porcs chez la directrice d'une ONG locale. Encore une fois, nous pouvons constater que si la Belgique a réussi à transmettre quelque chose correctement à l'Afrique, c'est bien la frite !

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Une des nombreuses amies de Robert participe au concours Miss Élégance Congo 2002 au Grand Hôtel Kinshasa ce soir. Donc notre programme ce vendredi est de sortir quelques billets verts (les francs congolais sont bleus...) et de profiter des bienfaits de cet établissement où se rencontrent habituellement traficants de diamant et marchands d'armement israëliens, ingénieurs coréens et autres rois du pétrole angolais.

Le défilé de mode et concours de beauté qui se prétend national est organisé par la Dechris Agency (oui, on prononce « décrisse ») et c'est justement ça que les boys (Gilbert, Robert et moi) ont envie de faire quand les filles ne défilent pas, parce que l'orchestre de musique congolaise qui est engagé pour étirer la sauce est mauditement poche. Les tounes sont commanditées : « VodaCom, VodaCom !  », chantent-ils gaiement. Pourtant, vu live à RagaTV, cet événement prend une dimension qui rappelle Champs Élysées avec Michel Drucker : paillettes, glamour et gros plans sur les danseuses ! Mais sur place, on se croirait plutôt au défilé des Créations Suzanne au Motel Universel.

Le supplice se termine enfin avec la remise des prix et Toto (notre contact dans la place) est élue « Première Dauphine »  (2e rang). On lui remet donc un beau ruban bleu et la voici donc avec nous, avec son beau ruban bleu, dans le 4x4 Daihatsu au pare-brise éclaté. Ah oui, détail important : il y a 3 autres participantes au défilé qui s'entassent avec nous dans le véhicule...comme la vie est dure, parfois !

Nous filons vers Matonge (le dépotoir rempli de boîtes de nuit) pour nous retrouver dans une rue déserte, devant un bâtiment désert. Il se fait tard, les coqs chantent déjà. Il y a un moment d'incompréhension : pourquoi les miss nous ont-elles guidé là ? On ne nous répond qu'une chose : le patron va venir ouvrir la porte.

Deux minutes plus tard, un Combi VW se stationne derrère nous et pas moins de 30 personnes en surgissent ! L'auteur de ces lignes n'en croit pas ses yeux. Gilbert hallucine et se promet de jeter aux chiottes ses pilules de Lariam (antipaludique). Tous les participants au défilé (staff, mannequins, amis) déferlent d'un seul véhicule comme d'une rame de métro à l'heure de pointe !

En cinq minutes, DJs et barmen sont au poste et c'est parti jusqu'à 7h du mat' comme dans les meilleurs after-hours...

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Grapho m'emmène chez un de ses amis : soirée peinarde chez Papy, le fils du douanier, à regarder la télé sur écran géant et manger des hors d'oeuvres. On est entre gens du Kivu, sauf moi et un autre gars qui est mi-congolais, mi-torontois d'ascendance indienne. Ce type dit détester Toronto car on y travaille trop pour une qualité de vie médiocre. Voilà. Le gars roule en Mercedes 12 cylindres alors on ne le contredira pas. D'ailleurs vous irez saluer le type au comptoir shish-taouk de Place du Parc, il a déjà habité à Kin et pense la même chose de Montréal...

On se déplace ensuite vers un bar à deux coins de rue de là, situé dans un immeuble art-déco. En fait il semble qu'au delà des apparences (trous dans la rue et éclairage déficient) se trouve tout un quartier art-déco. Je dirais même plus : ce dont Kinshasa a un urgent besoin, c'est d'un million de gallons de peinture aux teintes pastel.

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Un autre bol d'air frais au Lac de Ma Vallée, un genre de petit paradis artificiel au milieu d'une forêt de bambou, dans la périphérie ouest de Kin. En fait nous découvrons chemin faisant qu'une très grande partie de Kin déborde sur une partie montagneuse, après avoir passé la colline où demeuraient les Kabila, Mobutu et cie. Voila qui change notre perception de la ville.

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Les techniciens d'Afrinet débarquent au QG pour installer la connexion Internet. Il y a tout de suite une incompréhension entre ce qui avait été vendu (10 000$ USD par année environ) et leur méthode d'installation.

Alors Robert n'est pas content et on va directement chez Afrinet, au 17e étage du gratte-ciel le plus haut en ville, rencontrer un Belge qui nous parle de bande passante, de logiciels anti-spam, de mémoire cache et de réseaux sécurisés. Au moins il est professionnel et on se comprend.

En passant, un autre fournisseur d'accès majeur en Afrique s'appelle Africanus. Dans le genre de nom bâtard, on ne fait pas mieux. Premier prix pour Africanus, deuxième prix pour la Dechris Agency, et troisième prix pour les jeeps Tata importés de l'Inde !

Des mentions honorables vont au restaurant Boule Propre, mais aussi et surtout à Bébé Rico (crème pour que les bébés sentent bon) au jingle télé hallucinant propulsé par la voix suraiguë d'un enfant de 5 ans. Lorie chante Bébé Rico à longueur de journée, les musiciens ambulants dans les restos nous sérénadent Bébé Rico, les macho-boys libanais qui travaillent à l'épicerie libanaise sifflotent Bébé Rico et ainsi de suite...

Oh, Bébé Rico
Kosa ya no wapi
Solo kitoko
Bébé Rico

 

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