Kinshasa, République Démocratique du Congo
               

À propos de ce carnet | Avertissement aux lecteurs et lectrices d'origine africaine

:: VOL 845 POUR KINSHASA

Bonjour à tous et à toutes. La température ici est plutôt agréable, avec des nuits « froides » (dans les 20 degrés) et des journées « fraîches » (dans les 30 degrés). Le ciel est presque toujours couvert d'un fine couverture de nuages gris et d'un smog beige, mélange de diesel et de poussière.

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Après un vol sans histoire (et sans sommeil) au dessus de l'Atlantique, Gilbert et moi sommes arrivés à l'infâme aéroport d'Heathrow (surnommé d'emblée Death Row) pour une escale de 12 heures. S'ensuivit un ballet interminable entre bureau de change, guichet automatique et consigne avant de pouvoir finalement monter dans le métro pour un trajet d'1h30 vers Piccadilly Circus.

La température très britannique (purée de pois, maximum de 14 degrés) et l'absence totale de sommeil dans l'avion ont rendu cette journée quelque peu pénible, mais les beautés de la ville de Londres et l'énergie étrange qui l'anime ont quand même pris le dessus. Bref, une tournée d'orientation très intéressante pour moi qui n'y avais pas mis les pieds depuis 15 ans. Le seul hic : tout y coûte deux fois plus cher qu'au Canada : 8$ pour un beigne et un café, 32$ pour un repas dans un resto chinois le midi.

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Nous partons vers Addis-Abeba via Rome sur les ailes d'Ethiopian Airlines. Les beautés de l'Afrique se dévoilent à l'approche de l'aéroport : des champs aux contours arrondis forment une courtepointe aux multiples palettes de vert, enveloppant doucement une multitude de petites habitations de forme conique. Curieuse absence de routes malgré une densité de population élevée. Des gens assistent à notre aterrissage sur le bord de la piste.

L'aérogare d'Addis, datant de 1970 et surplombée de reliques post-communistes, constitue un havre de sérénité et une occasion de relaxer un peu au milieu de ce voyage éreintant. Lumière abondante, accueil chaleureux et ambiance de gare routière de province contribuent à notre bonheur. La ville se profile à l'arrière, avec de superbes montagnes en toile de fond. L'Éthiopie, si proche mais si loin...

Nous montons à bord une dernière fois pour un vol de 3h30 qui nous conduit à l'aéroport de Kin pour ensuite filer vers Luanda (Angola). Robert nous attend au carroussel à bagages mais il m'en coûte au bas mot 40$ pour réussir à me rendre de l'avion à son véhicule (il a fallu payer l'agent d'immigration, les douaniers et les nombreux bagagistes agressifs qui se bousculaient autour de nous). Rendus à ce stade, plus beaucoup d'énergie en réserve pour la négociation et les palabres interminables. Payer rapidement est la solution.

Le beau visa qui aura coûté au bas mot 300$ aura somme toute été plus utile pour entrer en Angleterre (nous avions une preuve de notre destination finale) que pour entrer au Congo, où il a été inspecté en une fraction de seconde.

Soirée passée à nous familiariser avec les marques de bière locales à Matonge, le quartier « chaud » de Kinshasa.

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Nous sommes très bien accueillis par nos partenaires des ONG. J'habite dans la maison attenante aux locaux de SENAF (encore en construction). Journée passée à dormir et à écouter TV5 Afrique. Le seul repas de la journée est pris dans un genre de lounge qu'on appelle « Le Colonel ». Le poulet grillé y est meilleur qu'au KFC, sans oublier les frites-mayo dans la plus pure tradition belge. Un orchestre joue presqu'exclusivement pour nous. Les chansons sont tellement belles que c'en est émouvant.

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Concert de Papa Wemba au « Wembley Stadium » de Kinshasa, c'est à dire le Stade des Martyrs. Horaire indiqué sur les billets : 14h. Montée sur scène de la superstar congolaise : 19h. Environ cinquante mille personnes sont présentes, ce qui ne remplit l'enceinte qu'aux deux-tiers. Les membres des ONG qui nous accompagnent se font passer pour des « directeurs » en montrant leurs cartes à des policiers militaires probablement illetrés. Nous aboutissons dans une zone plus ou moins propre et calme sans même à devoir montrer nos billets, et nous regardons pendant plus de deux heures l'étrange ballet qui se déroule sous nos yeux : plusieurs centaines d'enfants de la rue ayant pénétré illégalement jouent au chat et à la souris avec les militaires, qui essaient de les empêcher de s'installer sur le turf du terrain de soccer. Courant dans toutes les directions et jetant tout ce qui leur tombe sous la main en direction des soldats (et parfois en direction des gradins), ils réussisent tout de même à gagner ma sympathie grâce à des acrobaties dignes du Cirque du Soleil. Cette chorégraphie monumentale aura été bien plus intéressante que le spectacle de Papa à la sono déficiente. Après une demi-heure de spectacle, Gilbert fait la suggestion que nous prenions un bain de foule. Et quel bain de foule ce fut ! Hormis une coopérante Belge, nous sommes les seuls blancs sur le parterre. Nous attirons des réactions plutôt favorables mais sommes rapidement entourés de jeunes costauds qui nous offrent leur « protection » faute d'avoir réussi à glisser la main dans nos poches. Gilbert passe proche de créer un mouvement de foule incontrôlable (lire : centaines de gens piétinés) en sortant un paquet de cigarettes pour en offir une à un de nos protecteurs. Les gens des ONG ont peur et insistent pour partir.

Soirée passée chez N'temba International à admirer les pitounes de luxe, qui ont des manières qu'on qualifierait au Canada de prostitution. D'ailleurs depuis cette soirée nous utilisons les mots problèmes et femmes indifféremment (avec une pointe d'humour tout de même !)

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En matinée, écoute d'un téléroman made in Nigeria doublé en « Frangala » (mélange de français et Lingala) à la manière des infopubs, où un sorcier tranche la gorge d'une chèvre (oui, on a vraiment tranché la gorge d'une vraie chèvre !) pendant que sa victime désignée, un homme, se tord de douleur dans son lit puis meurt dans les bras de son épouse.

La fête ne s'arrête vraiment jamais à Kin, puisque nous sommes invités en soirée à la fête de première communion d'une cousine de Mimi (la blonde de mon hôte Charlie). Fête de famille alors, dans le quartier Lemba-Super rebaptisé « Supertrou » par Robert puisqu'il s'agit d'un autre de ces quartiers surpeuplés au rues en terre battue. La bière coule à flots et nous mangeons comme des rois : bananes plantain frites, manioc, poulet maboke cuit dans une genre de farce externe à base de graines de courges. La fête culmine quand une autre parente de Mimi, danseuse professionnelle ayant tourné en France, s'anime et nous anime sous une pluie de francs congolais que lui jettent ses admirateurs. Le quartier au complet s'attroupe dans l'entrée de la cour où nous nous trouvons. Plus tard, ce seront tous les bad boys des environs qui viendront présenter leurs cadeaux à la jeune communiante d'environ 13 ans, avant de poursuivre l'ambiance, dans un style plus proche du hip-hop cette fois. Les mundeles (blancs) que nous sommes savent danser aussi, ce qui contribue au climat d'euphorie généralisée.

Fait cocasse, partout où l'on sort, on entend très souvent jouer de la salsa à travers le « mur du son » de musique congolaise. Sauf que le gens ne savent pas d'où ça vient, et ne savent pas que c'est chanté en espagnol !

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C'est lundi et il faut se mettre au travail. Les ordis dorment encore dans les boîtes, parce qu'il faut d'abord installer la table et pour cela il faut attendre le menuisier. Des gens s'activent à faire du ciment pour ce qui deviendra un jour nos bureaux permanents.

Tournée de trois ONG avec Robert. Nous visitons un cybercafé où celui-ci avait promis que nous irions donner un coup de main (le coup de main signifiant tout réinstaller, vu l'état dans lequel leur parc informatique se trouve : virus, conflits, bogues de tous genres).

Nous passons une partie de la soirée à brancher nos portables sur le serveur, installer le hub, etc. Puis nous faisons du dessin par ordinateur avec la petite Lorie, 7 ans, pendant que son papa Robert est à la résidence de l'ambassadeur de Belgique en « tenue de ville » (espadrilles et jeans) au milieu de gens en costard et noeud papilllon.

Au retour de Robert nous apprenons que celui-ci s'est perdu sur le chemin de la résidence de l'ambassadeur et a plutôt abouti aux abords du Palais présidentiel : fouille et interrogatoire d'une heure, (et portefeuille vidé de ses effets, bien entendu).

Conduire de nuit à Kin est plutôt craignos... En tout cas cette mésaventure ne serait pas arrivée aux abords de l'ambassade américaine, où l'on a exproprié la voie publique pour éviter que des véhicules ne se stationnent à proximité, avec piliers de béton et barbelés à l'appui.

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On travaille tellement fort à déballer tous ces ordis Compaq qu'on fait presque peur au Congolais !

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Le matin, visite à l'ambassade Canadienne pour rencontrer le représentant de l'ACDI et lui présenter le projet.

En après-midi, on est malades pis on travaille pas ben fort !

En soirée, frites-mayo et bière (notre seul réconfort dans ce pays où il n'y a rien à manger). Lorie ne peut déjà plus entendre le mot fufu sans devenir verte et faire des grimaces... (Le fufu est un genre de pâte à modeler comestible à base de manioc, une genre de pain pas cuit si vous préférez.)

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Cette fois-ci ce sont les Belges qui débarquent en ville (ou plus précisément les représentants de l'équivalent de l'ACDI) pour une présentation assez importante en ce qu'elle peut apporter de l'eau au moulin ($$$). La peinture de l'affiche de SENAF à l'extérieur vient à peine de sécher. Ambiance formelle. La maison où nous logeons a été travestie en bureau corporatif. Nous sommes des PROS !

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Journée passée à remonter les 5 ordinosaures du cyber. Gilbert « explose » deux d'entre eux. Il y a un jet de fumée blanche qui sort du module d'alimentation (comme ceux qu'on voit à la discothèque !!!) 4 ordis sur 5 fonctionnaient tant bien que mal à notre arivée, et seulement 3 sur 5 à notre départ ! Nous sommes piteux. Nous mangeons et buvons quelques bières Turbo King pour oublier cette journée difficile.

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Tout est réglé, le Réseau Femmes et Communication a le cyber le plus rapide de ce côté de Kinshasa ! P'têt ben que je vais pouvoir prendre et envoyer mon courriel, après un sevrage de 11 jours !

Le seul obstacle à mon bonheur maintenant est mon POP mail qui ne fonctionne toujours pas, et les foutus claviers AZERTY qui vont me rendre dingue ! Ah oui, et il y a certaines femmes (problèmes, problèmes). On leur parle 30 secondes et elles prennent pour acquis qu'on va coucher avec elles et tout leur payer (coiffure, vêtements) en espèces sonnantes ! Y'a-t-il un rapport de force équilibré quelque part entre Montréal et Kinshasa ?

 

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