:: LA MALAISIE EN RÉSUMÉ
La Malaisie,
pays dà peine vingt millions dhabitants,
est lun des moins denséments peuplés dAsie
mais pourtant lun des plus riches et des plus
intéressants. Exception faite dun événement
médiatisé comme les Jeux du Commonwealth, tenus dans
la capitale Kuala Lumpur en 1998, nous avons eu très
peu doccasions den entendre parler. En
fait, la Malaisie commence à peine à sortir de lombre
de sa puissante voisine, Singapour.
Pour comprendre la situation de ce pays, il faut dabord
comprendre sa géographie. La Malaisie est constituée
de deux territoires : le premier est la péninsule
bordée à lest par le Mer de Chine et à louest
par le détroit de Malacca, passage obligé des navires
faisant le lucratif commerce des épices il y a quelques
siècles de cela. Ce détroit est encore aujourdhui
le passage par excellence entre lOcéan Indien
et lOcéan Pacifique, une véritable autoroute
maritime aussi stratégique que puisse lêtre
le canal de Panama.
L « autre Malaisie » se trouve
mille kilomètres plus à lest, sur la portion
nord de lîle de Bornéo. De part et dautre
de la petite enclave indépendante du Brunéï, sorte
de Koweït de lAsie du sud-est, les provinces
de Sabah et Sarawak sont des lieux où parcs nationaux
et protection de lenvironnement côtoient coupes
à blanc et destruction. Pour ces raisons, le gouvernement
malais y impose des contrôles plus stricts. Un citoyen
canadien na quà présenter son passeport
pour se voir octroyer un permis de séjour de deux
mois en Malaisie péninsulaire, alors quun visa
est nécéssaire pour la Malaisie de lest (sans
oublier les frais de transport aérien). Pour ces raisons,
cet article se concentrera sur la partie du pays la
plus accessible et la plus riche culturellement, soit
la péninsule.
Bien que les Orang Asli (aborigènes) aient
habité la péninsule depuis des milliers dannées,
ils eurent tôt fait dêtres refoulés vers lintérieur
des terres par des vagues dimmigration successives
venues de lInde, de la très musulmane île de
Sumatra, puis de la Chine et de lEurope. La
dernière vague dimmigration remonte aux beaux
jours de lEmpire britannique : Chinois
du sud, Tamouls, Sikhs, Pakistanais font depuis la
fin du 19e siècle partie de cette incroyable mosaïque
culturelle que constitue la société malaise.
Visiter lantique cité de Melaka, cest
observer le Stadthuys, imposant édifice construit
par les Hollandais au 17e siècle, pour ensuite admirer
les demeures cossues des Babas Nyonyas, prospères
commerçants dethnie chinoise sy étant
établis à la même époque. Un simple coup doeil
à lannuaire téléphonique de la ville suffit
pour discerner de nombreux noms de famille à consonance
portugaise. Dailleurs, le Bahasa Malayu,
qui tient lieu de langue officielle, est un mélange
incroyable dinfluences latines, anglaises et
indonésiennes. Il sagit sans contredit de la
langue asiatique la plus facile à maîtriser pour un
occidental, quoique son apprentissage ne soit pas
si impératif puisque lAnglais est compris à
peu près partout.
En poursuivant la visite de Melaka, il est possible
dapercevoir, le long dune seule et même
rue, le plus vieux temple chinois du pays (à la fois
bouddhiste, taoïste et confucianiste), une mosquée
dont le minaret ressemble à une pagode, puis un temple
hindou dont la façade présente lhabituelle débauche
de divinités peinturlurées de toutes les couleurs.
Ce bref tour dhorizon suffit pour comprendre
quun territoire aussi stratégiquement situé,
doté de richesses minières, pétrolières, forestières
ainsi que de paysages dune beauté à couper le
souffle ait connu une histoire assez mouvementée.
La Malaisie na acquis son indépendance de la
Grande-Bretagne quen 1957, et elle fut amputée
dès 1965 de son principal port, Singapour; les habitants
en majorité chinois de cette dernière préférant faire
de leur cité-état une place forte financière plutôt
que de remorquer un arrière-pays majoritairement musulman
et beaucoup moins développé. Quant au sultanat du
Brunéï, succursale officieuse de la pétrolière Shell,
il fit cavalier seul et obtint son indépendance en
1984.
Néanmoins, malgré ces lourdes pertes, la Malaisie
connut un essor fulgurant à partir des années 1970,
à mesure que samenuisèrent les tensions ethniques.
Cela est particulièrement évident à Kuala Lumpur (surnommée
KL), une grande ville bien pourvue en espaces
verts, aux gratte-ciel à larchitecture soignée
et audacieuse, mais ayant tout de même conservé certains
joyaux de lépoque coloniale britannique. Les
tours jumelles Petronas (acronyme signifiant « Nationale
des Pétroles »), actuellement les plus hautes
au monde, furent érigées comme symbole suprême de
la fierté nationale, sous limpulsion du très
influent premier ministre Mahatir Mohammad. Le slogan
« 2020 » est dailleurs affiché un
peu partout à KL, afin de stimuler la productivité.
On souhaite que le PNB par habitant devienne aussi
élevé que dans les pays développés dici lan
2020, mais cela semble parfaitement futile à tel point
la capitale est déjà étincelante de modernisme et
de propreté.
Par ailleurs, le pays est doté de routes bien signalisées
au pavage impeccable. La circulation y est fluide
(à cause des nombreuses motocyclettes) sans toutefois
être cahotique comme dans les pays avoisinants. En
fait, voilà un des rares endroits en Asie où le Québécois
moyen pourrait se louer une voiture et partir à laventure
sans crainte. La seule difficulté réside dans le fait
quon y roule à gauche mais bon...la moitié de
lhumanité roule à gauche alors aussi bien sy
habituer !
Si on prend la peine de considérer le parc automobile,
une chose saute immédiatement aux yeux : une
fraction importante de celui-ci (40 à 50%) est composée
de véhicules de la marque nationale Proton. Bien évidemment,
lautomobile a été utilisée depuis quinze ans
comme levier principal du développement économique
du pays, et le couronnement de cette politique est
sans nul doute linauguration, lannée dernière,
dun circuit de course de classe internationale
à Sepang, non loin de KL.
Les temps changent toutefois, et les autorités semblent
maintenant tout miser sur la « nouvelle économie ».
En feuilletant lun ou lautre des deux
quotidiens de langue anglaise du pays, on ne voit
pratiquement que des publicités dordinateurs
portatifs ! Les centres commerciaux sont remplis
de clubs internet et déchoppes de cédéroms piratés,
quoique cela ne semble pas donner du travail à tout
le monde. Les fins de mois sont en effet difficiles
pour bon nombre de ménages, surtout depuis la crise
financière ayant secoué lAsie au début de 1998.
Les autorités ont dû imposer un strict contrôle des
changes pour protéger la monnaie nationale (le Ringgit)
des attaques des spéculateurs boursiers internationaux.
Concrètement, cela veut dire quon ne peut se
procurer des Ringgit quune fois rendu à destination,
et quil est impossible de les échanger une fois
que lon a quitté le pays.
Continuons maintenant notre visite et prenons lautoroute
en direction nord. Bordée darbustes et de massifs
floraux au sortir de KL, celle-ci nous mène vers Ipoh
(la ville de létain) puis vers une région montagneuse,
à travers la forêt tropicale humide. Ce tronçon spectaculaire
nous permet dobserver des ouvrages dingénierie
impressionnants, destinés à canaliser les eaux de
pluie très abondantes dans cette région. Malgré tout,
la douceur de roulement et le fait de traverser le
brouillard rappelle étrangement un voyage en avion.
Environ sept heures après avoir quitté Kuala Lumpur
et à deux heures de la frontière thaïlandaise, on
distingue enfin la « Perle de lOrient »,
cest-à-dire lîle de Penang, forte de 1,1
millions dhabitants et dont la capitale, Georgetown,
est la deuxième ville en importance en Malaisie.
Dès lentrée dans le centre-ville, on se rend
compte que les trishaws, taxis-tricycles à
propulsion humaine, sont encore rois et maîtres de
la route. Mais pour combien de temps encore? Chose
certaine, Georgetown semble être léquilibre
parfait entre tradition et modernité; entre Melaka,
la ville-musée assoupie, et Kuala Lumpur la dynamique.
Les contrastes y sont frappants. À linstar des
tours Petronas, le Komtar, galerie marchande
surmontée dune imposante tour de 65 étages dominant
le quartier historique, symbolise le développement
économique accéléré qua connu la Malaisie.
De bonnes raisons de séjourner à Georgetown ?
Son atmosphère relax; les chics plages de Batu Ferringhi
et Tanjung Bunga à une demi-heure du centre historique;
le délirant festival hindouiste du Thaipusam pendant
lequel les habitants fracassent des milliers de noix
de coco dans les rues et deviennent soudainement adeptes
du body piercing; mais encore et surtout la
bonne chère.
Penang mérite amplement son titre de capitale de la
gastronomie, et il nest nul besoin de se présenter
dans les restos huppés pour en profiter. En fait,
des centaines de kiosques placés le long des rues
et détablissements à la devanture modeste proposent
des mets étonnamment sophistiqués à des prix dérisoires.
Dans le quartier Little India, un repas comprenant
un yougourt à boire parfumé à la mangue (mango
lassi), une crêpe indienne géante servie sur feuille
de bananier avec assortiment de sauces (thosai)
et lomniprésent kopi ais (iced coffee)
vous coûtera aussi peu que 2$ canadiens! Et cela est
aussi vrai en ce qui concerne la bouffe chinoise.
Bonne nouvelle pour les estomacs fragiles : les
standards dhygiène sont suffisamment élevés
pour vous éviter turista et autres désagréments.
Si jamais la chaleur torride des villes vous monte
à la tête, il est toujours possible de retouner sur
le continent, vers les Highlands, stations
de montagne où lon peut prendre un grand bol
dair frais, sadonner à la randonnée pédestre
et visiter des plantations de thé. Lendroit
idéal pour décrocher semble être la Côte Est, donnant
sur la Mer de Chine. Vu les préceptes religieux de
ses habitants en grande majorité musulmans, il est
assez difficile de sy procurer de lalcool.
Cela met en quelque sorte de petits îlots paradisiaques
comme Pulau Tioman à labri du tourisme de masse
et du déferlement humain sévissant à quelques centaines
de kilomètres de là, à Phuket ou Koh Samui (Thaïlande)
notamment.
Finalement, de nombreuses portes dentrée et
de sortie soffrent aux visiteurs désirant connaître
la Malaisie. Les aéroports de Singapour, Kuala Lumpur
et Penang sont tous des valeurs sûres. Les plus aventureux
pourront prendre le ferry à Penang, Johor Baru ou
Melaka, à destination de lIndonésie. Même laéroport
de Bangkok peut être envisagé, puisque le voyage en
train vers ou depuis la capitale de Thaïlande ne dure
quune journée.
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