L'aliénation selon C. Wright Mills

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Charles Wright Mills

Travail remis à M. André Corten, professeur titulaire, Université du Québec à Montréal, le jeudi 22 avril 2004.

Introduction

C. Wright Mills, décédé prématurément à l’âge de 45 ans en 1962, fut l’un des penseurs les plus critiques de la société ainsi que de la sociologie américaines de son temps. Une contribution majeure de son œuvre a été la recontextualisation du concept de classe sociale, dans une trilogie dont le premier ouvrage, paru en 1948, s’intitule The New Men of Power: America’s Labor Leaders; suivi de White Collar: The American Middle Classes (1951); et The Power Elite (1956).

Toutefois, on peut discerner une trilogie secondaire dans l’œuvre de Mills dans laquelle le concept d’aliénation joue un rôle fondamental : après avoir posé le problème de manière très explicite dans White Collar et réarticulé celui-ci dans quelques passages de l’Élite du pouvoir, Mills publia The Sociological Imagination en 1959, ouvrage se portant à la défense d’une sociologie accessible aux masses, devant trouver une solution politique globale à cet inconfort, ce problème existentiel de l’homme moderne. Mais ses détracteurs voyaient plutôt la sociologie comme une science devant résoudre des problèmes particuliers, dans la veine de l’empirisme positiviste. Pour résumer le tout, on pourrait dire que Mills entendait transformer la société, alors que le paradigme dominant en sociologie entendait mieux contrôler la société sans pour autant la changer (ce qu’exprime bien l’expression human engineering).

The Sociological Imagination est d’ailleurs le dernier manifeste purement sociologique de Mills, puisque les derniers écrits avant sa mort sont d’une nature beaucoup plus politisée, comme en témoigne le titre Listen, Yankee: The Revolution in Cuba (1960).

L’origine texane et les origines académiques « périphériques » de Mills (il fit son doctorat à l’Université du Wisconsin) amenèrent celui-ci à s’exprimer dans une langue franche et directe, qui remettait en cause la « fausse neutralité idéologique » de l’establishment de Harvard et de Columbia (où il enseigna de 1945 jusqu’à sa mort). Ce niveau de langage fit que ses écrits eurent peu d’impact dans les milieux académiques britanniques avant les années 1980. Par contre, on peut affirmer que ceux-ci eurent un effet direct sur l’agitation des campus américains et la contre-culture de la fin des années 1960. Enfin, il est intéressant de constater que l’emphase que mettait Mills sur l’expérience individuelle de l’aliénation, fut directement en cause dans la rupture idéologique qui l’opposa à ses collègues de Columbia, université dans laquelle il se retrouva subitement et personnellement… aliéné !