«Dog Days», «Man Bites Dog» : des films annonciateurs de la lente pourriture de l'Europe
J'ai rêvé cette nuit que j'entrais en contact avec des êtres de petites taille. Difficile de dire si leur allure frêle était due à des carences alimentaires ou au fait qu'ils avaient été enfermés pendant des années dans un soubassement. Voilà ce qui arrive lorsqu'on écoute le Téléjournal avant de se coucher: sur fond de crise alimentaire mondiale, la réalité dépasse parfois la fiction. À preuve, cette sordide histoire de vieux papy incestueux – « respectable raclure » d'une bourgade cossue du centre de l'Autriche – qui a séquestré sa propre fille durant 24 ans et l'a engrossée sept fois, pour ensuite adopter les trois premiers enfants et laisser croupir les autres à l'abri de toute lumière naturelle.
Mais le plus étonnant est qu'un tel drame survienne moins de deux ans après que la libération de Natascha Kampusch ait défrayé les manchettes dans le monde entier. Rappelons que cette jeune femme, autrichienne elle aussi, avait été séquestrée à partir de l'âge de 10 ans jusqu'à sa majorité avec des moyens similaires: pièces ultra-secrètes et dispositifs électroniques. Cela est particulièrement troublant et rappelle les méthodes nazies.
Or les circonstances concordent trop pour que l'on ne s'empêche d'imaginer le pire. Et si on avait affaire à un réseau? Il est en effet difficile de croire qu'une seule personne ait pu monter un tel stratagème sans assistance.
Un parallèle pourrait être fait avec l'histoire de Marc Dutroux, le tueur en série pédophile ayant entaché la réputation de la Belgique. Dutroux a affirmé tout au long de son procès, tenu en 2004, qu'il appartenait à un réseau comprenant bon nombre de personnalités importantes. La destitution du juge d'instruction initial Jean-Marc Connerotte, qui fut le seul à suivre sur cette piste, ainsi que l'évasion suspecte de Dutroux en 1998 laisse croire que certaines personnes haut placées ont tenu à ce que certains faits ne s'ébruitent pas.
Bref, la séquestration de jeunes femmes autrichiennes et l'affaire Dutroux sont à classer dans le même rayon que les événements du 11 septembre 2001 ou du 22 novembre 1963... On n'en verra jamais le fond, et la poursuite de la vérité fera de vous un « adepte des théories de la conspiration ».
La dépravation morale portée au cinéma
Maintenant, comment expliquer que des pays tranquilles comme la Belgique ou l'Autriche aient donné lieu à de telles horreurs?
Voici mon hypothèse « psycho-pop » à deux sous: la richesse corrompt, les riches s'ennuient, et la morale judéo-chrétienne réprime la sexualité au point où celle-ci ne peut s'exprimer que de manière complètement perverse et secrète. Autrement dit, les citoyens de pays vivant dans l'opulence absolue durant des générations ne peuvent être qu'entraînés vers la dépravation la plus sophistiquée et la plus effrayante.
Les nouvelles des derniers jours ont immédiatement ravivé la mémoire de deux films particulièrement prémonitoires et insoutenables. Le premier est un portrait de la petite bourgeoisie autrichienne qui s'ennuie et s'adonne à une sexualité perverse, alors que le second nous fait suivre un tueur en série belge dans ses «divertissements» de plus en plus médiatisés.
Dog Days (Hundstage)
Ulrich Seidl, Autriche, 2001
http://www.imdb.com/title/tt0290661
Man Bites Dog (C'est arrivé près de chez vous)
Rémy Belvaux et André Bonzel, Belgique, 1992
http://www.imdb.com/title/tt0103905
Bon visionnement... en quelque sorte!
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