Loin des yeux, loin du fisc

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Jamais réglée et souvent balayée sous le tapis, la question de l’évasion fiscale a fait un retour tonitruant dans l’actualité le 19 mars, lorsque le ministre français délégué au Budget Jérôme Cahuzac a été contraint d’avouer qu’il détenait des comptes bancaires à l’étranger.

Le site Mediapart peut s’enorgueillir d’avoir enquêté sur ce cas précis. Le 5 avril, le Consortium international des journalistes d’investigation a pris le relais en publiant un rapport sur les placements extraterritoriaux d’environ 130 000 personnes et sociétés. Surnommé «OffshoreLeaks», ce coup de massue est l’œuvre de 86 journalistes qui ont trié 2,5 millions de documents provenant d’une fuite pour le moins mystérieuse.

S’il faut se réjouir de la revalorisation du journalisme d’enquête, il faut toutefois se méfier du sensationnalisme. Au moment même où démissionnait M. Cahuzac, par exemple, certains médias grand public ont légitimé la ponction des comptes de plus 100 000 euros – mesure de sauvetage radicale du système bancaire chypriote – par le fait que ceux-ci seraient détenus par la « mafia russe ». Une telle généralisation ne peut que susciter la panique et inciter les retraités à placer leur épargne sous leur matelas. La lutte contre l’évasion fiscale requiert un travail minutieux, basé sur la stricte légalité des gestes posés et non sur la présomption morale que l’argent a été mal acquis. À cet effet, il est regrettable que le gouvernement Harper ait annoncé des coupures de plus de 3000 postes à l’Agence canadienne du revenu au cours des deux prochaines années.