La Fresque des capitales BMO : le mauvais goût officiel

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Fresque des capitales BMO (proposition initiale)

Publié dans Le Journal de Québec, 19 septembre 2007, p. 17.

Le projet de fresque en trompe-l'oeil représentant les 14 capitales canadiennes, dévoilé récemment à Québec et qui doit orner un mur de l'édifice Marie-Guyart, présente trois problèmes majeurs au plan historique, éthique et artistique.

En premier lieu, une controverse d'ordre politico-historique a d'ores et déjà fait surface dans les médias et sera sans doute à l'origine de débats houleux.

Il suffit de rappeler ici que c'est bien la ville de Québec qui fête son 400e anniversaire, et non le Canada. Techniquement parlant, le Canada est un pays de nature fédérale (sans être une fédération en bonne et due forme), dont la constitution en tant que Dominion britannique (c'est-à-dire en tant que territoire incapable de se représenter sur la scène internationale) remonte à 1867. La pleine indépendance du pays, en droit international, remonte quant à elle à 1931 alors que sa citoyenneté a été instaurée en 1947. Le rapatriement du British North America Act a eu lieu il y a à peine 25 ans, dans les circonstances que vous connaissez. Alors il va sans dire que cette fresque est une grossière tentative de récupération de quatre siècles d'histoire. Qui plus est, le fait de présenter les capitales des trois territoires à égalité avec les capitales provinciales est une dilution en douce du statut de province, déjà passablement affaibli par le pouvoir fédéral de dépenser et autres simagrées.

Par ailleurs, d'un point de vue éthique, est-il normal ou souhaitable que les édifices publics du Gouvernement du Québec – dans la foulée de certains pavillons universitaires – soient affublés de commandites et de logos corporatifs? Monsieur Harper, Madame Verner, Monsieur Couillard, nous avons déjà un Colisée Pepsi; mais à quand un Grand Théâtre Loblaws et une Tour du Parlement Bombardier? Aussi, il faut mentionner que le mécène de ce projet douteux, soit la Banque de Montréal (ou BMO, comme elle souhaite désormais s'afficher) a déménagé la plupart de ses opérations à Toronto. Et tout le monde sait bien que les milieux financiers de Bay Street détestent la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec et souhaitent une fusion-acquisition de la Bourse de Montréal par sa consoeur torontoise - ce qui équivaudrait de fait à la disparition de cette institution vitale pour la prospérité du Québec. Et dire qu'il y en aura pour applaudir ce «cadeau» qu'on nous fait avec l'argent qu'on nous vole, et qu'on nous volera encore quotidiennement à coups de 1$ au guichet automatique.

Enfin, c'est sur le plan des «mérites» artistiques de cette fresque que je me permettrai d'être le plus virulent. Au point de vue de l'intégration architecturale et urbanistique, voilà un projet archi-nul. Le Complexe G est un concept des années 1960 qui mérite d'être respecté. Entourés d'arbres matures, les volumes cubiques de l'édifice Marie-Guyart d'aujourd'hui sont relativement élégants. Même si le patrimoine moderne de Québec ne compte pas vraiment de grands chefs-d'oeuvre, pourquoi le bousiller ainsi avec un emballage-cadeau digne du temps des fêtes chez La Baie?

Aussi, il y a déjà assez d'endroits dans le Vieux-Québec où célébrer le passé; il y a déjà assez de peintures en trompe-l'oeil pour ébahir les touristes. Oh certes, en 2008, il y aura beaucoup de papys français en visite et de vieilles mémés locales qui auront le « Tourny » devant tant de beauté. Mais cela confirmera justement le fait que Québec est une très vieille capitale, démographiquement s'entend. Une ville sans vision d'avenir et sans leadership, à l'image de la société politique québécoise dans son ensemble. La révolution tranquille nous a donné les superbes murales de Jordi Bonet, alors pourquoi donc sommes-nous incapables, en 2007, de confier à nos artistes un mandat plus porteur et inspirant pour les jeunes générations? La fresque des capitales BMO est une honte!